La Géorgie, entre Union européenne, Russie et Etats-Unis.

La guerre d’Aout 2008 a souligné l’importance de ce petit pays pour l’Union européenne. En effet, les efforts déployés par le président Sarkozy alors président du Conseil de l’Union pour stopper les chars russes ne l’ont pas été dans le seul souci humaniste.

En fait, dans la stratégie de stabilisation de ses marges de l’UE, la Géorgie joue un rôle central pour l’établissement d’une « zone de stabilité autour de l’Union européenne ». En effet, l’objectif de l’UE mais aussi des Etats-Unis est le transit des produits pétroliers depuis le bassin de la Caspienne jusqu’à leur marché sans perturbations.

Dans ce dessein, une Géorgie stable est nécessaire, de plus une Géorgie stable et démocratique serait un allié précieux dans la lutte d’influence que se livre l’Occident et la Russie dans la région du Caucase Sud.

Hélas pour les stratèges occidentaux le pays accumule pendant la décennie 1990 les difficultés économiques et des guerres d’indépendance (Abkhazie, Adjarie, Ossétie du Sud), perdant une importante partie de son ancien territoire.

Depuis l’indépendance la Géorgie n’a jamais vraiment réussi à se dégager de l’influence russe, le deuxième président de Géorgie Edouard Chevardnadze fut le ministre des affaires étrangères de l’URSS de 1985 à 1990, malgré les liens évidents que celui aurait pu conserver avec Moscou, la nouvelle Russie ne soutenu pas sa lutte contre les indépendantistes Abkhazes ou Ossètes, bien au contraire. Le gouvernement géorgien malgré ses efforts diplomatiques vis à vis de la Russie ne parviendra pas à changer la politique russe d’aide aux insurgés. Aujourd’hui un tiers du territoire géorgien échappe encore au contrôle de Tbilissi, la guerre de 2008 n’ayant fait que renforcer les séparatistes.

Car l’objectif de la Russie est claire, rayer la Géorgie de la carte énergétique, l’empêcher de rejoindre l’OTAN et le camp occidental, conserver son influence sur l’ancienne Transcaucasie.

  • La Géorgie était considérée comme une voie de sortie du pétrole caspien viable, par les ports de Poti et Batumi sur la mer Noire, celui-ci pouvait être acheminé vers la méditerranée et au-delà. L’indépendance de l’Abkhazie soutenue par la Russie et l’instabilité du pays provoqué par l’invasion russe et la persistance des conflits ethniques hypothèque sérieusement la mise en place d’un réseau d’acheminement énergétique par la Géorgie. Or si la Géorgie ne peut plus être considérée comme un pays de transit, alors les options se portent sur la Russie.
  • Pour la Russie, toute avancée de l’OTAN dans ce qu’elle appelle son « étranger proche » est très mal perçue. Héritier de siècles de stratégie de sécurité par les « glacis », le Kremlin en droite ligne avec ce qui a toujours été la politique extérieure de la Russie souhaite s’aménager une aire d’influence à ses frontières immédiates.
  • Garder la main sur l’ancienne Transcaucasie fait partie de ce jeux, un nouveau « Grand jeu » qui oppose les Etats – Unis et l’Union européenne à la Russie pour le contrôle des oléoducs partant d’Asie centrale vers la Méditerranée.

L’Union européenne au travers de ses politiques comme INOGATE ou TRACECA cherche à diversifier son approvisionnement. Dans ce but la Géorgie joue un rôle majeur car elle est l’aboutissement et le lieu de passage des oléoducs d’Asie centrale, et notamment le BTC (Bakou, Tbilissi, Ceyhan, deuxième plus large oléoduc du monde). L’UE au travers de ses programmes contenue notamment dans la Politique de voisinage (PEV) tente d’aider la Géorgie à construire son État. Mais pour Tbilissi, la PEV n’est pas une fin en sois, l’objectif de la Géorgie est l’intégration à l’UE. Cette candidature virtuelle (le pays n’a pas officiellement posé sa demande auprès de Bruxelles) soulève aussi la question de la Turquie, si finalement l’UE dit « non » à la Turquie, on voit mal comment alors la Géorgie pourrait intégrer, même à long terme la Communauté. A moins que…la Géorgie, comme nous l’avons vu confirme son option pour une stratégie de décrochage de la région, un peu à la manière de la Slovénie, et plus récemment de la Croatie. Son ancrage au nord-ouest confirmerait une stratégie de sortie par la mer Noire, accrochée à l’Ukraine et à la Moldavie, entretenant des liens étroits avec la Roumanie par une politique de rapprochement favorisée par les expériences communes des trois pays en matière de révolution démocratique ou de passif avec la Russie. La première tentative de former un contrepoids géopolitique à la Russie et à ses alliés au sein de la Communauté des Etats Indépendants (ensemble régional regroupant la quasi-totalité des Etats issus de l’URSS à l’exception des Etats Baltes) s’est traduite par la création du GUAM (Géorgie-Ukraine-Azerbaïdjan-Moldavie) – alliance ayant émergé au milieu des années 1990 avec le soutien des États-Unis.

Mais, cette tentative s’est avérée inefficace et n’a pas réellement fonctionné, les pays du GUAM n’ayant pas réussi à s’accorder sur les domaines économique et politique. En outre, les Etats membres du GUAM se sont surtout concentrés sur leurs problèmes et crises intérieures. Ils ont préféré gérer leurs relations avec la Russie dans un cadre bilatéral, plutôt que de façon collective autour d’un groupe doté d’une politique étrangère et sécuritaire commune.

Au vue de l’échec de cette première organisation régionale, une « Communauté du choix démocratique » fut mise en place en Aout 2005, bien que n’ayant pas été suivie de résultats, cette alliance entre Ukraine et Géorgie fut une autre tentative de la Géorgie de « s’accrocher » à l’Ukraine pour sortir de l’influence russe.

L’UE de son coté reste prudente vis-à-vis des initiatives des Etats occidentaux de la CEI.

Il existe une division entre la « vieille » et la « nouvelle Europe » quant à la politique que doit mener l’UE à l’Est. Alors que la Pologne et les Etats baltes poussent activement à un engagement plus actif à l’Est, notamment sur la question de l’élargissement, les pays fondateurs se montrent plus prudents, voire même incertains quant aux directions à prendre par l’UE. La Russie est évidemment consciente de ces difficultés, ce qui rend la vie du Kremlin beaucoup plus facile.

Pour l’instant, la démocratisation et la stabilisation de sa périphérie reste ses objectifs principaux, l’intégration de la Géorgie n’est pas à l’ordre du jour tant pour des raisons de politique intérieure propre à la Géorgie (incapacité actuelle du pays à satisfaire les 35 chapitres de l’acquis communautaire) que pour des raisons d’ordre géopolitique, comment faire pour ne pas froisser la sensibilité russe qui reste très vive dès que l’on aborde la question de ses anciennes républiques.

La Géorgie avec ses quatre millions d’habitants et son territoire divisé occupe une place de choix dans l’échiquier caucasien. Bien que prudente, Bruxelles reconnait déjà l’importance du pays pour l’UE et fait profiter celui-ci de la totalité des aides disponibles dans le cadre de ses programmes de politique étrangère. De fait, la question Géorgienne ne peut être séparée du dilemme turc ou de la future politique européenne vis-à-vis de l’Ukraine, enfin et surtout, Tbilissi guette avec angoisse les conversations entre Bruxelles et Moscou.

On ne peut donc pas comprendre la Géorgie en la coupant de la région mer Noire, d’où l’intérêt pour l’Union européenne de continuer à favoriser des politiques régionales forte dans la région et sortir du seul bilatéral. La Synergie de la mer Noire lançait en Avril 2007 est un début, mais un début seulement.

Ludwig ROGER

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Classé dans Caucase du Sud

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