Un 21ème siècle européen?

A l’avenir la mondialisation va affaiblir d’avantage l’État-Nation. La longue phase vers une gouvernance mondiale va être, comme au Moyen Age, une longue période d’incertitude. Mais le régime européen prévaudra, même aux Etats-Unis. Ce modèle porteur de paix sera copié sur l’ensemble de la planète. L’Europe a inventé et nommé toutes les grandes périodes de l’Histoire en y imprimant sa marque, et elle continuera de le faire. Une Grèce florissante a façonné le monde classique ; le Moyen Age a suivi le sac de Rome ; la Renaissance a mené à la formation d’État Nations qui ont organisé le monde à leurs images, et au XXIème siècle, l’Europe organise la première gouvernance mondiale post-nationale et postmoderne qui va avec.[1]

Le XXIème siècle sera certes un siècle européen, mais aussi un Moyen Age à l’échelle mondiale.

Si l’on prend du recul par rapport au premier Moyen Age, que constatons-nous ?

Un monde divisé en petites unités politiques, organisé en réseaux horizontaux par les Eglises, les Universités, les Guildes. Un monde frappé par les épidémies, l’insécurité alimentaire, un monde de cités-États, de Duchés, d’Empires qui grandissent puis s’effondrent en quelques années.

La mise en place de systèmes verticaux ; Union européenne renforcée, systèmes transnationaux régionaux avec consultation, ou pas, des peuples y vivant, restera tout de même très souples.

En nombre et en influence sur la vie des citoyens du monde, ce seront les systèmes horizontaux qui seront plus puissants : Eglises, ONG, groupes sociaux, réseaux informatiques, réseaux universitaires et professionnels mais aussi sectes, groupes terroristes, mafia.

Le second Moyen âge, notre époque voit la résurrection des Cités-Etats. Un « archipel urbain mondial » qui s’organise de plus en plus coupé de son hinterland.

Perdant peu à peu de ses pouvoirs régaliens, l’État issue de la Renaissance confira à des agences privées sa défense, il en sera de même des Cités Mondiales. Ce seront les nouveaux Condottieres, les nouveaux mercenaires.

Au Saint Empire, succède un « Empire » européen, tout aussi souple et assurant la paix entre ses membres ainsi que la sécurité de leurs échanges commerciaux. Cet Empire européen ne promeut pas la bible comme du temps des Hohenstaufen, Bourbon ou Habsbourg, mais « l’acquis communautaire », une série de 35 chapitres censés réguler la vie des nations et des citoyens.  Une pax europea, lointaine descendante de la pax romana va peu à peu s’étendre à l’Europe du sud Est, puis autour de la Méditerranée. L’intégration de la Turquie et de l’Ukraine va faire de la mer Noire une mare nostrum européenne, la multiplication des politiques d’intégration vers la rive sud de la méditerranée vont rétablir l’antique influence de l’Europe sur la Maghreb et le Maschrek. La mer Méditerranée et la mer Noire deviendront deux parties d’une seule route commerciale, non plus deux ensembles maritimes censés séparer trois continents, mais deux mers aux relations commerciales denses entres leurs rives.

Comme l’Empire Romain jadis, cet Empire européen, par ses politiques va refaire vivre et mettre en place de nouveaux réseaux de transport entre l’Espace caspien et la Méditerranée jusqu’à Lisbonne et Brest.

A l’intérieur de ses frontières, les transports, les échanges interuniversitaires, le tourisme, les voyages d’affaires et scolaires vont brasser les populations. Les populations dynamiques du sud de la Méditerranée vont permettre à l’Empire de conserver sa place de producteur  industriel dans le monde, les réseaux universitaires créaient sous les auspices de Bruxelles et de la coopération transnationale vont booster sa créativité.

Vers 2030, l’Europe cependant devra faire des choix. En Asie centrale, la Chine de par son dynamisme va imposer son hégémonie, la Russie n’aura pas d’autre choix que de brader ses ressources immenses au géant asiatique, et, poussée depuis l’Orient, la Fédération devra se jeter dans les bras de l’Occident et ainsi faire ce choix qu’elle a si souvent repoussé.

Les Etats-Unis se redéployeront.  Cette fois ci autour de la corne d’Afrique et du golf de guinée en laissant l’Afrique australe et orientale. Si l’Europe est très présente en Afrique du nord, elle doit lutter contre l’influence chinoise et avec les potentats locaux qui joueront volontiers les deux puissances l’une contre l’autre.

L’Amérique épuisée par ses guerres du début du siècle se retirera du jeu centre asiatique, tout en maintenant sa présence sur les franges sud du continent asiatique : Golf persique, Inde, Indonésie, Philippine, Japon.

L’Inde, alliée de l’Amérique va lutter avec acharnement pour le contrôle de l’Asie centrale avec le handicap pakistanais sur sa frontière nord.

Dans ce contexte, l’Europe devra donc faire face seule au géant chinois pour le contrôle de l’Asie centrale, mais aussi de l’Afrique.

Cette lutte d’influence créera de fortes instabilités dans le voisinage européen. L’Iran pris entre les deux est incertain, l’Irak, fragilisé, oscillera encore longtemps entre l’implosion ou le maintient d’un certain statu quo. L’Arabie Saoudite menace à tout moment d’imploser avec les risques que l’on sait sur l’approvisionnement en pétrole.

L’Europe pourra-t-elle alors se passer d’une force de maintien de la paix autre que des agences de mercenaires ?

Ainsi, tel le Saint Empire, on peut imaginer une armée de contingents nationaux qui ne se réunisse qu’en cas de crise, mais au contraire du Saint Empire dont on a retenu les leçons, l’État major européen existera –existe déjà- et maintiendra une force d’autodéfense capable de réagir dès les premières heures d’une crise.

A ce moment là, les antiques Etats-nations finiront de s’évaporer. Leurs cités pourvoiront à leur propre défense et économie. Laissant à l’échelle européenne les grandes questions mondiales et la gestion des crises éventuelles à l’intérieure de l’Europe avec la montée des régionalismes et autres micro-nationalismes.

Et alors que les Cité Etats prendront leur envol, le modèle de gouvernance régionale établit par l’Union européenne sera de plus en plus copié de par le monde.

En Amérique du Sud, avec l’approfondissement d’une Union Sud américaine appelée de ses vœux par le Brésil. Tandis que écartelée par, à l’Ouest, les Etats-Unis, au nord l’Europe et à l’Est la Chine, l’Afrique va renforcer petit à petit ses institutions communes.

La Chine va quant à elle s’entourer d’un glacis protecteur en Asie de l’Est et du Sud, le Japon, isolé, va finir par rejoindre une alliance plus forte encore avec les Etats-Unis, le Canada et des pays d’Amérique centrale.

A l’échelle mondiale, les institutions de veilles sanitaires – les épidémies de Sida, de Grippes mortelles ou bien encore le terrorisme biologique seront toujours de grandes menaces- et de surveillances financières seront renforcées et c’est le model de social capitalisme à l’européenne qui l’emportera, car le monde n’est pas prêt à affronter une nouvelle crise dû aux excès du capitalisme financier après celle de 2009.

Devant l’instabilité du monde, l’Europe finira par fusionner complètement ses armées et par créer un Consortium européen de l’énergie afin de sécuriser ses approvisionnements, de maitriser son espace et de stabiliser ses marges.

Ludwig ROGER


[1] Idée de base de Parag Khanna, Europe 2030 : A Postmodern Middle Ages.

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