Les enjeux de la question turque pour l’Union européene

Istanbul, « dans la ville» en grec, résume à elle seule, toute la situation de la Turquie ; a cheval sur deux continents. En effet la Turquie fait l’objet d’un débat sur son « européanité » et à travers la candidature turque se dessinent trois enjeux pour l’Europe d’aujourd’hui.
Le premier enjeu relève de la capacité de l’Union et de la Turquie à accepter l’autre : si nous arrivons à dépasser les premières incertitudes, comment l’Union pourra-t-elle gérer un tel pays? L’UE se veut être une organisation internationale capable d’assurer une cohérence politique entre ses membres. Est-ce possible avec la Turquie ? L’Union pourra t elle permettre aux turcs de dépasser le seul cadre de leur Nation ?
Le second enjeu est géopolitique. L’Union Européenne doit elle et peut elle accueillir la Turquie ? En effet pourrait-elle assumer de prendre en charge l’économie turque et son rôle de garde frontière avec des pays aussi instables que la Syrie et l’Irak ?
Le troisième enjeu est d’ordre culturel et géographique. Il faut constater que l’espace européen se caractérise par une société ouverte et multiculturelle certes, mais d’une cohésion géoculturelle plurielle et difficilement cernable… la Turquie ne simplifierait pas cet état de fait. C’est ici l’affaire des « frontières de l’Europe ». L’Union Européenne se définit comme une communauté d’États démocratiques. Cela implique-t-il que tout État démocratique a vocation à rejoindre l’Union Européenne ? La cohésion de l’Union doit-elle et peut elle être purement idéologique ? Si la Turquie est candidate depuis presque 50 ans à l’intégration, l’Union européenne des années 2000, n’est pas la Communauté européenne des années 1950. Quelle Union est possible avec la Turquie ?

1. POURQUOI L’ELARGISSEMENT A LA TURQUIE ?
L’élargissement est, selon la Commission européenne « un des outils politiques les plus puissants dont dispose l’UE ». Le tropisme exercé par l’Union européenne sur ses voisins a permis, toujours selon la Commission, de créer et renforcer la démocratie, la paix et la prospérité. Les pays candidats ont tous réformé leurs institutions afin d’être conforme aux critères d’entrée dans l’Union.
La Turquie, seule démocratie de la zone, État laïc mais fidèle aux valeurs de l’Islam, jouant un rôle constructif au Moyen-Orient , membre de l’Organisation de l’Atlantique Nord ne déroge pas à cette règle.
Si la Turquie intègre l’UE, elle amènerait l’Union à gérer les crises qui se trouveraient à sa frontière et ainsi, elle se verrait obligée de ne plus se confiner dans son seul espace et jouer jeux égal avec les États Unis .
Outre un apport pour sa sécurité et sa politique extérieure, l’aspect économique de l’intégration turque n’est pas à négliger. En 1998, la Turquie représente pour l’UE le sixième marché à l’exportation. Le poids de la Turquie est équivalent à celui de la Pologne ou du Portugal . De plus l’épargne y atteint des sommets avec une réserve foncière de 100 milliards de dollars pour l’intérieur du pays et environ 50 à 60 milliards de dollars placés sur des comptes à l’étranger.
Mais l’économie Turque reste floue, ce qui ne met pas en confiance les éventuels investisseurs, et le taux de chômage reste à plus de 10% , notamment dans les régions du Sud Est de la Turquie qui se trouvent dans un profond état de sous-développement économique. D’où, une affectation budgétaire au titre des Fonds Structurels qui ferait bondir de quelque 20% les dépenses de l’UE, soit du même ordre de grandeur que ceux consentis en 1990 à l’égard de la Grèce, du Portugal, de l’Irlande et de l’Espagne réunis .
En effet, si Istanbul à le même niveau de richesse que la moyenne de l’UE, le revenu moyen dans les régions du Sud-est n’atteint pas les 500 dollars par habitant et le chômage touche la moitié de la population. Les trafics illicites et une agriculture de subsistance y sont les seuls moyens de survivre . Un tel pays appellerait à une réforme des institutions de l’UE, en effet en 2025, la Turquie absorberait en aide entre 0,1% et 0,17% du PIB de l’UE. Pour cela, les prélèvements communautaires devraient être vus à la hausse .
Si pour intégrer la Turquie l’UE doit réformer son budget, la Turquie de son coté doit continuer à réformer son État.

2. UN ENJEU INTERIEUR TURC : LA DEMOCRATIE, L’ÉTAT DE DROIT, LA LAÏCITE ET LES MINORITES
La consolidation de la démocratie exigée par l’UE impose à Ankara une révision complète du régime des libertés publiques, du statut des minorités et, notamment, la redéfinition des rapports de l’armée au pouvoir.
A l’inverse de l’Europe où l’État moderne a crée son armée, Mustapha Kemal Atatùrk a créé l’État moderne turc avec son armée.
La récurrence des interventions militaire entre 1960 et 1997 a fini par donner son image de marque à un système politique alternatif, « dérogatoire » ou « semi-autoritaire » en dépit des structures formelles d’une démocratie pluraliste et parlementaire.
Les réformes lancées par le gouvernement Erdogan depuis 2003 dans le cadre de la candidature turque à l’UE ont permis la modification du Conseil de Sécurité Nationale qui depuis 1982 était devenu un véritable gouvernement de l’ombre ayant même plus de pouvoir que le gouvernement puisque celui-ci fut acculé par le MGK à la démission en 1997. L’héritage historique, la taille et la sophistication de l’institution, son pouvoir matériel dans l’État et dans l’économie son prestige maintenu auprès d’une large partie de l’opinion, en font une institution dans la société turque.
Comme en bien d’autres domaines, c’est le cheminement vers la candidature européenne qui permettra, ou non, de lever définitivement ce qui reste d’hypothèque militaire sur la démocratie turque.

Du point de vue de la laïcité, Mustafa Kemal s’est attelé à sa mise en place d’une manière autoritaire. Alors qu’en Occident la laïcité s’est ancrée au gré d’un dialogue, ou plus exactement d’un contrat, entre l’État et la société, elle fut conçue dans la Turquie républicaine comme un contrôle de la religion par l’État, en fonctionnarisant le corps religieux. Mais en Turquie, la laïcité est basée sur le refus des particularismes .
En effet ce pays se compose d’une mosaïque de trente peuples différents et ses 68 millions d’habitants en 2002 se répartissent selon les origines suivantes : 78,8 % de Turcs, 19,12% de Kurdes, 1,47% de Circassiens et 0 ,61% représentant les autres groupes. Cet ensemble comprend environ 150 000 Lazes, 80 000 Géorgiens, 70 000 Arméniens, 60 000 Roms, 25 000 Juifs, 17 000 Syriaques, 10 000 Arabes et 2 500 Grecs , 10 à 25% d’Alevis qui est une forme d’Islam particulière de tendance Chiite . Mais l’État turc ne reconnaît que les minorités religieuses incluses dans le Traité de Lausanne de 1923 : les Juifs, les Arméniens et les Orthodoxes. Ainsi, alors que la Turquie est le pays où vit la plus forte communauté kurde, dix à douze millions, soit la moitié de la population kurde totale elle en nie toute spécificité.
Ce qui a abouti à une véritable guerre entre 1984 et 1999 faisant plus de 35 000 victimes. L’utilisation massive de la torture dans le sud-est anatolien a contribué à sa généralisation dans l’ensemble du pays, certes pas dans les mêmes proportions. Pour Jean-François Pérouse, seul « un dépassement d’une vision trop exclusive et défensive de l’Etat-nation » peut amener la paix dans cette région.
C’est en effet sur les questions relevant de la nation et des pratiques de l’État qu’achoppent les relations entre la Turquie et l’Union européenne. Ces problèmes tiennent à l’histoire particulière de la formation de la Nation en Turquie. A la signature du traité de Sèvres qui entérine ces décisions en 1920, l’Empire ottoman est réduit à un Etat croupion, replié sur le nord du plateau anatolien .
La lutte contre le dépècement de la Turquie fonde la République. Cette lutte a laissé de profondes traces, c’est le « syndrome de Sèvres» et ce syndrome imprègne encore profondément le peuple Turc.
Un exemple : l’écrivain Orhan Pamuk qui dans un journal suisse a évoqué le « massacre des populations arméniennes ».
La simple évocation de ces massacres a entrainé l’ire des milieux nationalistes. Ils ont accusé Orhan Pamuk de vouloir brader la Turquie et d’être l’allié des Arméniens dans leur guerre psychologique contre la Turquie. La question de Chypre, le problème kurde, le génocide arménien ou la place de l’armée dans le système politique sont bien ceux sur lesquels bute la candidature turque. L’Histoire de la formation de l’État-Nation moderne en Turquie illustre et éclaire la quasi-totalité des problèmes soulevés par l’UE à la candidature turque et ces spécificités s’accommodent assez mal avec le projet européen de dépassement de l’Etat-nation.
En effet, l’Union européenne met en place un nouveau modèle où la nation n’est plus la seule dépositaire de la souveraineté mais où celle-ci se voit partagée, soumise à consensus et à compromis.
Le chemin vers l’Union amène le peuple Turc à se poser des questions sur leur identité, questions ou malaise qui expliquerait toutes les difficultés pour le peuple turc, comme pour l’Europe, à donner une place à cette Nation dans la « famille européenne ».

3. LA TURQUIE ENTRE DEUX MONDES
L’identité turque repose sur deux piliers qui sont le nationalisme et l’Islam. Mais à la différence de l’Islam qui se veut vecteur d’identité, le nationalisme a du mal à en dégager une.
Le nationalisme turc n’a ainsi pas encore apporté de réponse à la question de l’identité turque.
Le fait d’appartenir à deux géographies différentes ainsi que l’influence européenne des derniers siècles compliquent encore la construction d’une identité turque.
Une partie de la réponse semble avoir été donnée avec la chute de l’URSS et l’indépendance des Républiques turcophones d’Asie centrale.
Le 1er septembre 1991, devant la Grande Assemblée turque, le président Turgut Ozal appela ses concitoyens à ne pas « manquer cette chance qui se présente pour la première fois depuis 400 ans ». Les responsables turcs du fait de la précence russe, iranienne, chinoise et pakistanaise se sont tournés vers le soft power culturel. Les réseaux Internet de ces républiques sont connectés via un nœud basé en Turquie, que la radio « Voix de la Turquie » émet dans cette région pour y faire la promotion du modèle turc, que les grandes agences de presse comme l’Union des agences d’information des pays turcophones permettent à l’État turc d’avoir pratiquement le monopole de l’information dans le monde turc et que grâce au satellite pan-turc Türksat et la chaîne de TV eurasiatique « Avrazya » la Turquie a la possibilité d’être le porte voix de toute cette zone. On peut alors affirmer que la Turquie a bel et bien l’intention d’être « la Mecque culturelle du monde turcophone ». Ankara dès la chute de l’URSS entreprend donc une réorientation majeure de sa politique étrangère en donnant une priorité nouvelle au développement des liens avec les « républiques sœurs. » En effet cette région est riche en ressources naturelles et notamment en pétrole, d’où son importance géostratégique majeure. Mais pas seulement, elle est aussi au cœur de plusieurs zones d’influence, aire russe, chinoise, indienne et perso-musulmane. Mais la candidature turque ne fait pas abstraction des « conséquences » de l’Histoire. Et ce malgré les enjeux. Elle y est confrontée tout comme le montrent certain titres de journaux. Le Courrier International, dans son analyse pour un dossier sur l’Union européenne datée du 17 mars 2002, a choisi pour titre : « L’histoire, cette empêcheuse d’élargir en rond ». L’histoire, il est bien évident, est un obstacle à certain rapprochements . Les vingt-cinq pays ont reconstitué avec une incroyable précision un espace européen immémorial, celui qui n’a pas été soumis à la domination ottomane, autrement dit celui qui a échappé aux deux grands empires qui séparent l’Europe de l’Asie.
Les actuelles frontières politiques de l’Union européenne correspondent quasiment trait pour trait à la césure apparue lors du schisme de 1054 séparant catholique et orthodoxe. Cette fracture presque millénaire est-elle dépassable ? C’est la question contenue en creux dans le débat sur l’adhésion de la Turquie .
En intégrant la Roumanie et la Bulgarie l’Europe a peut-être déjà répondu par l’affirmative à cette question.
Mais la Turquie est elle l’héritière de l’empire romain, dont Constantinople est la capitale de 330 à 395, ou de l’empire romain d’Orient ou empire byzantin, ou seulement de l’empire ottoman ?
Ce dernier est issu de peuplades turques ayant peu à peu repoussé les Byzantins depuis la bataille de Mantzikert en 1071 jusqu’à la prise de Constantinople en 1453.
Le choix d’Ankara comme siège du gouvernement de Mustafa Kemal en 1919, puis comme capitale politique en 1923, symbolise une volonté nationaliste d’éloignement d’Istanbul, descendante de Constantinople, qui porte encore dans ses veines tant de lointains souvenirs européens que le pouvoir turc s’est appliqué à restreindre.
On peut rajouter certaines images, qui restent, telles des image d’Epinal, dans la mémoire de certains Européens, comme le massacre de Chio d’avril 1822 perpétré par les hommes du Sultan Mahmoud II, immortalisé par Delacroix et exposé au Louvre qui marqua profondément les esprits européens du XIXème siècle. Pour preuve le poème de Victor Hugo, l’enfant qui peut être interprété comme le pendant poétique du tableau de Delacroix . Le Romantisme du XIXème siècle a forgé une vision des turcs et de la Turquie qui reste profondément ancrée en Europe. La candidature Turque se heurte à l’Histoire et aux barrières qu’elle a forgées non seulement sur les cartes mais plus encore dans les esprits. Comment concilier « Realpolitik » et sensibilité identitaire ?
4. L’ENJEU GEOPOLITIQUE ET IDENTITAIRE.
La « Realpolitik » de l’Union reconnait déjà dans la Turquie un partenaire inévitable, notamment pour l’enjeu énergétique. Elle se trouve au carrefour des flux venus du Proche-Orient mais aussi des très prometteurs gisements de la mer Caspienne. De plus ces régions sont turcophones et seraient « doté[es] du réservoir d’hydrocarbure le plus prometteur de la planète, [et] qui sont en passe de devenir [les] nouveaux émirats du XXIème siècle ».
L’enjeu énergétique pousse d’ailleurs d’autres acteurs comme les Etats-Unis à soutenir la Turquie afin d’assurer ses arrières dans sa lutte contre les influences chinoises, russe ou iranienne. De son coté l’Union européenne souhaite une Turquie prospère et stable afin de pouvoir assurer la sureté de son approvisionnement énergétique . L’enjeu énergétique est aussi présent dans le problème de Chypre car l’île verrouille le couloir énergétique issu de l’oléoduc Bakou-Tbilissi- Ceyhan.
Mais la stabilité est loin d’être assurée le long de l’oléoduc venant du nord de l’Irak puisqu’il traverse la région Kurde soumise depuis les années 1980 à une guérilla armée.
Quand à Chypres, l’armée turque occupe toujours une partie importante de l’ile, État membre de l’UE depuis 2004. L’absence de règlement pour Chypre représente un défi majeur pour la candidature turque à l’UE. Si le statu-quo chypriote n’eut guère d’incidence sur la scène internationale entre 1974 et 2004, il n’en va pas de même depuis que Chypre fait partie de l’UE. L’Union est dans l’obligation de résoudre un conflit qui se trouve désormais en son sein. Les Turcs sont très sensibles à la question. Le gouvernement n’a pas le droit de paraître faible sur Chypre, face à des milieux nationalistes sur le qui-vive et à l’armée dont Chypre est la chasse gardée . Or plus de trois ans après l’intégration de Chypre, on constate que l’UE peine à trouver une porte de sortie. Il est à noter que la présence d’une zone de non-droit au sein du territoire de l’Union fragilise la crédibilité de ses institutions auprès des futurs candidats, de ses citoyens et vis-à-vis de la communauté internationale
Plus difficile est l’intention de Chypre d’entrer dans l’espace Schengen à l’horizon 2010. Ce serait alors Chypre et l’UE qui devraient assurer la surveillance de cette ligne ce qui reviendrait à reconnaitre implicitement l’existence de deux États à Chypre . On peut voir toutes les difficultés que peuvent entrainer l’importation d’un conflit au sein de l’UE et l’importance pour l’Europe de se fixer des frontières.
5. FRONTIERE ET IDENTITE
Mais la question des « frontières de l’Europe » va bien au-delà du souci de tracer des traits sur une carte. Elle est essentielle car elle pose tout simplement la question de l’identité et du sens à donner à l’Union européenne. Dans un cas, l’Union européenne n’est qu’un vaste marché économique et l’on ne voit pas pourquoi ses frontières s’arrêteraient dans la région de Marmara ou à Kiev, et l’on aimerait y inclure un Maghreb dont les gouvernants sauraient déployer des politiques efficientes de développement.
Comment arrêter les frontières de l’Union européenne, celles-ci ne résultant plus des guerres ou des conquêtes, mais de négociations entre membres du club européen et aspirants à rejoindre ce club ?
Une partie de la réponse à cette question se trouve donc dans la recherche d’une identité commune à tous les européens.
Selon les opposants à l’adhésion de la Turquie, l’identité européenne est imprégnée de christianisme. A la suite de quinze siècles de christianisme, l’Europe a connu les innovations du Moyen Age, la Renaissance, la Réforme, la Contre-Réforme, les Lumières, le romantisme qui peuvent être considéré comme les socles communs d’une civilisation européenne. La Turquie, est étrangère à toutes ces expériences et n’a adopté les formes de vie politique européenne, le parlementarisme, la démocratie libérale et l’État-Nation, qu’au début du XXème siècle . Après l’Histoire, la question de la géographie ne semble être qu’un écran de fumée « politiquement correct ». En effet, c’est la question de la Religion qui fait obstacle à l’intégration Turque.
Si elle est effectivement présente chez certains comme matrice civilisationnelle, elle est par contre, absolument absente dans le Traité de l’Union Européenne comme dans les critères de Copenhague .
Ainsi, on peut noter une dichotomie entre les institutions européennes, qui ne prennent pas en compte le facteur religieux mais sont gouvernés par « la boussole de l’empirisme » et les hommes politiques européens, guidés par leur opinion publique qui craint l’éventuelle entrée d’un pays musulman au sein de la communauté . La question est donc de savoir qui peut fixer une identité européenne ? Ses peuples ou ses institutions ?
Sur la question des peuples il faut émettre des nuances. Seul deux pays semblent refuser l’intégration de la Turquie : l’Autriche et surtout la France qui tente par la proposition de son président d’une Union Méditerranéenne de donner une solution de rechange à la Turquie, solution refusé par cette dernière qui continue sa marche à l’intégration. Quand au référendum que les français on intégrer le 25 février 2005 dans leur constitution pour toute nouvelle intégration à l’UE, le gouvernement français semble enclin à le supprimer.
En effet selon certains, un refus par référendum aurait une portée incalculable.
Cela pourrait déstabiliser la Turquie et saperait complètement un siècle de construction Kémaliste .
La question Turque ne semble pas devoir mettre en mouvement les peuples européens au vue des divergences selon les Nations. Reste alors les institutions. Il faut noter que le thème de l’identité européenne est un sujet manié avec beaucoup de prudence par les officielles de l’Union européenne. En effet l’idéal de paix qui est le moteur de la construction européenne s’accoutume mal d’un monde qui serait divisé par des frontières aussi intangibles que les séparations culturelles . A cela on peut rajouter la question suivante : que faire des 31,72 millions de musulmans s’ils sont exclus de la civilisation européenne ? Et que faire de la Grèce, de la Roumanie et de la Bulgarie qui sont chrétiens, certes, mais orthodoxes ? Les institutions se bornent donc au respect des critères de Copenhague qui peuvent illustrer une « identité européenne » dépassant les clivages religieux, nationaux et culturels et se résumerait à une « assemblée des États démocratiques méritants ».
Néanmoins, deux critères posent de sérieux problèmes à la Turquie. Le premier tient à l’existence d’une situation économique saine et capable de résister aux pressions concurrentielles engendrées par l’adhésion. Le second tient à l’attachement du candidat au respect des valeurs démocratiques et des Droits de l’homme .
6. LES RELATIONS TURCO-EUROPEENNES : QUEL AVENIR ?
La Turquie peut apporter de par son importance une pierre importante pour l’édification de la paix au Moyen-Orient. Son positionnement sur la situation en Palestine concorde avec celui de l’UE, la nécessité pour les Palestiniens d’avoir un État propre est souligné par les diplomates turcs. De plus, tout comme l’Union européenne, elle juge que seule une résolution de ce conflit pourra permettre un affaiblissement voir une éradication du terrorisme .
La Syrie et l’Irak sont dépendants des réserves d’eau de la Turquie, après un refroidissement des relations turco-syriennes à cause de l’aide du Régime de Damas au PKK, des négociations sont depuis 1998 menées dans le cadre du projet l’ « eau de la paix ». Celui-ci vise à la création d’un grand réseau de distribution d’eau qui pourrait amener entre tous les pays de la région à une convergence d’intérêt.
Avec l’Irak, la situation est plus problématique. La chute de Saddam Hussein et le chaos qui s’est ensuivie voit Ankara trépigner d’impatience à l’idée d’entrer en Irak régler un compte militaire définitif aux séparatistes kurdes du sud-est anatolien. Les incidents récents sur la frontière entre PKK et armée Turque et la mobilisation militaire qui s’en est suivie nous rappelle la fragilité de la situation.
Comme on le voit un recentrage de la politique extérieure turque vers la mer Noire ou l’Asie centrale semble peu probable, il n’en demeure pas moins que l’UE se doit d’offrir à son associé une alternative crédible et viable à l’adhésion, si cette dernière échoue.
Plutôt que créer une chose complètement nouvelle comme une Union Méditerranéenne qui reste encore à définir, l’UE pourrait se décider à utiliser ce qui existe déjà : l’Accord d’Ankara pourrait être érigée en modèle pour toute la zone méditerranéenne. On pourrait assister à l’émergence d’une zone de libre échange englobant la mer Caspienne et allant jusqu’à Rabbat . La Turquie jouerait un rôle central dans cette zone, de par sa situation géographique et aussi économique, la Turquie avec un PIB de 302 milliards de dollars en 2003 y serait un géant économique, par comparaison le Maroc a 52,2 milliard de dollars de PIB en 2006 .
L’application de l’ « accord type Ankara » aux pays riverains de la Mer Noire, mer Caspienne et Méditerranée, plus l’intégration de la Turquie au deuxième et troisième pilier de l’UE lui conférerait une position de trait d’union entre les trois mers.
Le deuxième pilier, celui de la Justice et des Affaires Intérieures aborde les problèmes liés à l’immigration, aux trafics illicites, à la criminalité internationale et à la fraude. Il prévoit la coopération intergouvernementale en matière douanière, judiciaire et policière. Or, les interdépendances UE/Turquie en ces domaines sont évidentes : plaque tournante du trafic de drogue, la Turquie représente aussi un danger pour l’Europe en terme de flux migratoires.
Sa position de « trait- d’union entre les trois mers », ainsi que ses relations avec les NEI et les États du Moyen-Orient, rendent sa participation à la PESC, non seulement inévitable mais aussi souhaitable. Non seulement la sécurité de l’Union serait préservée mais la Turquie serait ancrée définitivement dans le bloc occidental.
Ainsi, comment peut-on affirmer que la Turquie n’aurait pas sa place dans une Europe à plusieurs vitesses? Dans une Europe qui aurait intégré dans son mode de fonctionnement le principe de différenciation qui se définit par « le fait qu’à l’intérieur de l’UE et des CE, des États ou groupes d’États sont ou peuvent être régis par des règles différentes de celle censées s’appliquer à tous », avec un « noyau dur » fédéralisé et un espace relativement souple, étant encore au stade de la coopération interétatique, et pourquoi ne pas imaginer ensuite une troisième couche, purement économique. Reste à savoir si Ankara accepte et si les États européens sont prêt à adopter la différenciation.
CONCLUSION
La Guerre Froide avait figé les frontières de l’Europe, les États-Unis et l’URSS se trouvaient être les responsables de la sécurité et de l’équilibre européen. La fin du monde bipolaire referme la longue mise entre parenthèse de l’Histoire européenne. L’Europe va devoir redéfinir son espace et se redéfinir elle-même. Que veut-elle être et devenir dans un monde qui s’est remis en mouvement ?
La Turquie se sent certes européenne, mais la question n’est pas de savoir comment on se sent, mais plutôt comment on est perçu. Sur ce point le discours de Romano Prodi au dix pays du PECO est éclairant : « …après le grand élargissement…nous devons discuter de nos critères. Le fait que les Ukrainiens ou les Arméniens se sentent Européens ne veut rien dire pour moi. Parce que les Néo-Zélandais se sentent eux aussi Européens ». N’est-ce pas là, l’un des plus grands problèmes de la candidature turque ?
Il faut donc arrêter nos critères d’intégration et résoudre cette « crise d’identité » que traverse l’Europe depuis maintenant une bonne décennie. La réponse à ces deux questions ira plus loin que la seule intégration Turque, car si la réponse européenne se base sur des critères d’identité culturelle et religieuse, alors nous aurons une « jurisprudence » géopolitique de séparation des civilisations. La théorie du « choc des civilisations » n’en serait plus une.
Ou au contraire, suivre la voix actuelle et intégrer la Turquie sur les bases du respect des valeurs démocratiques. Certes, cela étendrait la stabilité et la paix au voisinage immédiat de l’Union et pourrait entamer un processus d’élargissement indéfini mais l’Europe n’y perdrait elle pas son âme ?
Une troisième voix pourrait être explorée, celle qui grâce au principe de différenciation créerait une Europe souple, capable d’avoir en son sein des Nations désireuses d’aller plus loin que la simple intégration économique, tandis que d’autres, parties prenantes du processus européen de stabilisation et de pacification se contenteraient de l’option économique. Cette Europe là, -mais s’appellera-t-elle encore Union européenne ? – pourrait alors offrir au monde les clefs d’une paix mondiale qui ménagerait les susceptibilités nationales.

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